« Votre carte est mensongère ! »

« Votre carte est mensongère ! »
(Propos de Monsieur le Maire de Lille, braderie des Bois Blancs, 8 mai 2026).

Non Monsieur le Maire, ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre…

https://autmel.github.io/parcs-et-jardins/carte

Comme tous les 8 mai, était organisée la braderie des Bois-Blancs. Cette année encore, l’association Deûl’Air tenait un stand (juste à côté de nous, étaient installés nos amis de l’association PARC qui luttent pour l'(a)ménagement complet de la friche Saint Sauveur en espace de nature).
Ce fut globalement une agréable matinée : de bonnes périodes ensoleillées, beaucoup de monde, de nombreuses discussions enrichissantes…
Globalement une agréable matinée, mais pas entièrement ! En effet, lorsque l’équipe municipale de Lille est passée nous voir, Monsieur le Maire de Lille nous a accusés de présenter une « carte mensongère » quand nous lui avons rappelé que Santé publique France (organisme qui est sous la tutelle du Ministère de la santé) évalue à 107 le nombre de morts qui pourraient être évités chaque année si Lille et ses deux communes associées étaient suffisamment végétalisées (7,6 % de la mortalité).¹
Il s’agit d’une carte (accessible à tous par internet²) que nous avons élaborée avec d’autres associations de la métropole lilloise (Aut’Mel, Entrelianes, LM Oxygène…) qui permet de visualiser aisément les parties du territoire de Lille/Lomme/Hellemmes qui respectent, ou qui ne respectent pas, les préconisations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au niveau des espaces verts publics³, :
– accès à un espace vert public à moins de 300 m à pied,
– un minimum de 10 m² d’espaces verts publics par habitant.

La formule complète de Monsieur le maire était : « Votre carte est mensongère ! ». Ce qui revient à nous accuser d’avoir réalisé une carte déformant la réalité de manière volontaire (pour nuire à ses projets de bétonisation ?).
Quand nous lui avons ensuite rappelé que nous avons scrupuleusement pris en compte les critères de l’OMS qui définissent un espace vert public, il nous a rétorqué qu’il n’était pas d’accord avec ces critères de l’OMS en prenant, pour se justifier, l’exemple du quartier Pellevoisin où de nombreux habitants possèdent des maisons avec beaucoup de verdure.

De manière évidente, il n’a toujours pas compris le rôle et l’importance des espaces verts publics de proximité (il était pourtant présent à la conférence/débat du 15 janvier au cours de laquelle ce point avait été précisé).

Comme les jardins privés, les espaces verts publics de proximité limitent les îlots de chaleur et jouent un rôle bénéfique sur les sols, l’air et la biodiversité.
Mais en plus, ces lieux facilement accessibles (car étant des espaces gratuits et non marchands à moins de 5 minutes à pied) apportent des bénéfices supplémentaires fondamentaux sur la santé en favorisant les interactions sociales, les activités physiques de chacun, la restauration psychologique (rien qu’une promenade a des effets positifs importants)…

Notre carte met notamment en évidence le fait que trois quarts des Lillois, Lommois, Hellemmois – soit près de 180 000 personnes – ne bénéficient pas d’un accès suffisant aux espaces verts de proximité au regard des normes de l’OMS. De plus, 80% des espaces de nature (Citadelle, jardin Vauban) sont situés dans les quartiers les plus favorisés du Nord de la ville de Lille tandis que les quartiers plus populaires, déjà plus denses, en sont cruellement privés. Pour la zone Marais/Mont-à-Camp/Lille-Canteleu, quand tous les logements prévus aux abords du parc Rosa Bonheur seront construits, il manquera 10 hectares d’espaces verts publics (concernant Saint-Sauveur, il manque, selon les normes OMS, 21 hectares de nature de proximité pour les quartiers jouxtant la friche ; quant à la friche H2D/Quebecor située dans l’est Lillois, elle devrait être aménagée avec 150 logements au maximum et 4,5 hectares de parcs et non 610 logements et 1,2 hectare).

Faut-il rappeler les propos du président de l’Institut national du cancer (Pr. Norbert IFRAH) tenus dans l’ouvrage «  Espaces verts urbains » coordonné par le Réseau français des Villes-Santé de l’OMS ? « Proposer des environnements favorables à la santé et accessibles à tous […] contribue à réduire les inégalités sociales et territoriales de santé » et « promouvoir l’équité entre les populations vis-à-vis de la santé relève de la justice sociale […] ».³

[1] http://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/790155_spf00005609-s1.pdf

[2] https://autmel.github.io/parcs-et-jardins/carte

[3] Organisation mondiale de la santé, OMS (2020). Espaces verts urbains, Réseau français des Villes-Santé

[4] Les plantations d’alignement et d’accompagnement, les terrains de sports, les jardins spécialisés tels les zoos, ainsi que les « forêts urbaines » ne font pas partie de ces 10 m² par habitant (page 47 du document [3]). Les cimetières non plus…

[5] 48 décès pourraient être évités chaque année à Lille/lomme/Hellemmes si les habitants de plus de 30 ans marchaient dix minutes de plus par jour (voir document [1]).


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