ANRU, MEL, Mairie, Vilogia… Des « bâtisseurs de pelouse » !

Depuis le mois de février, dès leur démarrage, nous avons demandé à Vilogia de suspendre les travaux entamés dans les cages d’escalier encore habitées. Des « travaux de purge » selon les éléments de langages de Vilogia (repris par les élus de la ville de Lille). En effet, Vilogia ne détruit pas des immeubles, il les « déconstruits », Vilogia ne casse pas cloisons, radiateurs, lavabos et baignoires, il « purge ».

Quoi qu’il en soit, il aura fallu un accident pour faire suspendre ces travaux de démolition qui rendaient la vie impossible aux quelques locataires encore sur place.

Le 4 juin, le plafond des toilettes de l’une des dernières familles s’est écroulé. Résultat : un blessé qui a été pris en charge aux urgences (vomissements, traumatisme crânien, douleur à l’une des épaules, plus d’un mois d’interruption temporaire de travail…).

Cette famille attendait depuis plusieurs mois un relogement dans une maison de Lomme. La maison avait été refaite à neuf, le déménagement était prévu pour le 4 mai, mais… Vilogia avait oublié de faire poser le compteur électrique. S’ensuivit un mois d’un petit jeu du « ce n’est pas moi, c’est Enedis / Ce n’est pas moi, c’est Vilogia » pendant lequel la famille vécut dans l’ancien appartement, au milieu des cartons, du bruit des travaux avant l’accident.

Après, tout alla très vite ! Dès la réception d’un mail envoyé par Deûl’Air à Vilogia, aux 61 élus de la ville de Lille et aux « adresses presse » (adresses soigneusement envoyées « à découvert ») techniciens et élus se succédèrent, 4 jours plus tard (week-end compris) le compteur électrique était posé, et trois jours après la famille avait été déménagée.

Aujourd’hui, les travaux sont suspendus, ce que nous avions demandé lors de nos réunions avec Vilogia le 17 février et le 14 avril derniers.

Reste le mépris avec lequel sont traités les locataires. Monsieur M. souffre sans doute de troubles qui l’amènent à conserver de manière compulsive des objets de toutes sortes. La chargée de relogement fait venir une entreprise qui effectue le tri, emmène une partie des objets dans le futur logement et jette le reste. Le travail n’est pas fini mais la chargée de relogement annonce que la somme prévue pour le déménagement est atteinte et que pour le reste, le locataire « n’a qu’à se démerder » (sic) avant le 6 juillet. La date est confirmée par un huissier annonçant sa venue à cette date. Monsieur M. ne retrouve pas son passeport, son argent, son téléphone.

L’humanité dans tout cela ?

On la cherche depuis longtemps dans le traitement réservé aux locataires des Aviateurs. Jeudi 2 juillet, cinq d‘entre eux étaient présents à notre permanence. Chacun avec des problèmes ubuesques, ou faisant face à l’absence de proposition de relogement ou au silence face à leurs demandes. Chacun en manque d’écoute. Les « bâtisseurs de pelouse » (MEL, Vilogia, Ville de Lille) qui ont été capables depuis cinq ans de supprimer 320 logements PLAI* sans en créer un seul aux Aviateurs trônent sur une pile de 25 000 demandes de logements sociaux à Lille. Ils revendiquent la création de logements sociaux ; ce qui est statistiquement vrai** mais pas ceux dont la population la plus pauvre a besoin.

* Logements PLAI = logements sociaux de la plus faible catégorie de loyer, accessibles aux revenus les plus bas ; ce sont les plus demandés !

** Certains logements sociaux (les PLI) sont accessibles à des personnes célibataires ayant un revenu mensuel jusqu’à 3900€ net par mois. Entre 2015 et 2022, ils représentaient 17% des logements mis en location


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